Parentalité inspirante

Apprentissage informel

Avez-vous aimé l’école?

Personnellement, pas vraiment… J’étais une très bonne élève, mais je n’aimais pas aller à l’école.

Pourquoi?
Je me souviens d’un système assez coercif, avec beaucoup de règles, très carré. Comme la cour de récréation, où il n’y avait ni arbre, ni jeux, juste du béton partout.

Education positive

Maintenant, au contraire imaginez une école où vous auriez eu une une liberté totale quant au choix des activités, dans un environnement bienveillant et ouvert. Et même vous auriez eu le choix d’aller à l’école… ou pas!

Voici la suite de ma revue du Colloque “Free to learn” (pour voir les premières parties, cliquez ici et ici)

Bienvenue dans une école du troisième type (Freinet, Montessori)

C’est samedi matin, j’assiste à la conférence de Bernard Collot. La salle est encore plus pleine que la veille. M. Collot est sur l’estrade. Il a vraiment l’air d’une personne très bienveillante et gentille.

Bernard Collot, a dirigé une école de ce type, pendant des années. Une école libre, sans présence à prendre, sans obligations, sans programme où l’enfant avance et apprend à son rythme, par lui-même.

Pourquoi ça marche?
Personne ne le sait vraiment. Toutefois, M. Collot fait un parallèle avec l’apprentissage de la pa parole, qui est pourtant d’une complexité extrême. Or, un enfant apprend à parler “spontanément”, car il a besoin de parler pour appartenir à son environnement.

Dès lors, tout peut s’apprendre de la même manière!

Le développement des langages

Par exemple, dans les classes des écoles en question, quand les petits voient les grands faire quelque chose: ils vont le faire d’eux-mêmes, naturellement, car ils ont envie de participer à cette activité.

Pour parler scientifiquement, nous possédons des outils neuro-cognitifs permettant de transformer les informations perçues par nos sens, de sorte à pouvoir agir dans un environnement où se trouvent d’autres êtres vivants.

Notre environnement produit des informations, que notre cerveau capte. Il les transforme ensuite pour les utiliser. D’une certaine manière, “le cerveau crée le cerveau”. Il crée différents “mondes” avec les différents renseignements perçus (monde verbal, mathématique, musical, artistiques, etc.). A chacun de ces mondes correspond un langage, comme derrière chaque dessin d’enfant se cache un monde que l’enfant se représente.

Il arrive que des enfants arrivent à l’école en sachant lire. Comment cela est-il possible? On ne le sait pas vraiment. Une hypothèse, c’est que comme le monde regorge d’écrits, l’enfant s’en empreigne. Et l’enfant apprend le mieux dans le monde de façon informelle, via ce qui l’entoure.

Par exemple, une expérience a été menée dans une école aux USA. Il a été testé de ne pas enseigner les maths à certaines classes. Même si le rythme était plus “chaotique” au début, à la fin, les enfants à qui les maths n’avaient pas été enseignées, ont rattrapé les autres et même dépassé.

Inhibition des langages

Ces différents langages se construisent à notre insu. Certains vont se développer, d’autres s’inhiber (si ils ne sont pas utilisés ou dérangeant. C’est donc l’environnement qui définit lequel des langages va se développer (ou disparaître).

La natation est un bon exemple. Par défaut, le bébé-nageur sait nager. Ensuite, il va inhiber ce comportement pour apprendre à marcher. Par la suite, il réapprendra à nager dans l’eau, en communication avec celle-ci, et ce d’autant plus plus vite s’il y prend plaisir.

Qu’est ce qui cause l’inhibition? Les contraintes. En fait, lorsque l’on force le cerveau, au lieu de le laisser agir et de trouver les solutions qui lui sont propres, il va “bloquer”. Par exemple, dans les cas de discalculie, pour y remédier, il faut d’abord réapprendre au cerveau à se libérer.

Il ne faut pas contraindre le cerveau. S’il est laissé libre, il trouve des solutions par de chemins détournés, inattendus. La condition, c’est qu’il doit en avoir envie et besoin (ce qui sera défini par son environnement).

Apprentissage informel

C’est quoi l’apprentissage informel? C’est tout ce que l’enfant apprend lorsqu’il peut agir librement.

Aussi lorsque les enfants posent des questions, cherchent à apprendre quelque chose, leur cerveau s’active et enregistre les nouvelles données de façon optimale. Le cerveau ne fonctionne pas selon une méthode donnée! Le mieux, c’est de créer les conditions nécessaires pour qu’ils développent eux-mêmes les outils qui leur permettent d’apprendre.

Dans le domaine de la biologie, les biologistes ont observé que tout organisme vivant s’auto-crée. Les systèmes vivants s’adaptent et évoluent par rapport au “bruit” (c’est-à-dire aux perturbations qu’ils perçoivent) et s’en alimentent.

Tous les systèmes vivants sont inclus dans d’autres systèmes vivants. Par exemple, la famille est un système vivant, auquel l’enfant appartient. Elle s’auto-crée et les enfants en son sein se développent spontanément. C’est pour cela que l’enfant apprend, et non parce que les parents sont des “supers éducateurs”.

L’école elle-aussi devrait être un système vivant, autonome, tout en étant connecté aux autres systèmes. A ce titre, elle devrait être une place qui s’auto-construit.

La simplexité

La finalité de la vie, c’est la vie.

C’est dans la vie que l’on trouvera la vraie socialisation et un véritabe apprentissage. Dans la famille, il existe un lien biologique et affectif, moteur d’apprentissages, qui est absent des écoles.

Pour apprendre, les enfants ont besoin d’un espace autonome et “provocateur de curiosité”, pour citer Bernard Collot. Un espace de liberté d’être qui on est. C’est ce qu’il appelle la “simplexité”. Il s’agit à la fois d’un système très complexe et très simple, où l’apprentissage est la vie et la vie est apprentissage.

 

Et dans la pratique, pour les parents?

Ok, maintenant que nous savons tout cela, que pouvons-nous faire en tant que parent? Car peut-être (certainement) n’y a-t-il pas d’école de ce type près de chez vous? Et peut-être que vous ne pouvez/voulez pas déscolariser votre enfant pour lui éviter de l’inhibition de certaines capacités? (comme moi par exemple).

Que pouvons-nous faire à notre niveau? Voici cinq conseils à mettre en pratique immédiatement:

1) Créez un environnement sécurisé pour que votre enfant puisse y évoluer librement.

Par exemple, lorsque mon fils a commencé à marcher à douze mois, j’étais pas mal angoissée et j’avais peur qu’il se blesse en tombant sur la tête. Dès lors, je lui ai acheté un casque prévu à cet effet. Il ne l’a pas porté très longtemps, mais cela lui a permis d’être autonome dans sa marche dès le début. Puisque son crâne était protégé, on l’a laissé très vite évolué seul dans la maison, sans que je sois derrière lui. Il rapidement pu faire toutes les expériences qui l’attiraient.

2) Plongez-le dans des expériences diverses et variées.

Allez au musée, à l’aquarium, à la ferme, dans les bois, en ville! Prenez le bus, le bateau, l’avion, voyagez! Arrêtez-vous écouter le musicien au coin de la rue. Allez faire les courses ensemble et faites-lui tenir le brocoli: mon fils adore tenir les légumes, la viande emballée et n’importe quoi qui lui procure des sensations tactiles. Laissez-le payer à la caisse, c’est super pour les maths. Observez les insects, un vrai cours de bio. Planifiez votre voyage sur le globe terrestre: vive le cours de géo!

3) Répondez à ses questions quand il vous les pose et profitez de son intérêt pour les choses.

Les enfans passent tous par des phases de curiosité. Ils posent des questions ou s’intéressent à des choses suprenantes: mon fils d’un an et demi est fasciné par la chasse d’eau des toilettes. Il a compris le lien de cause à effet entre le bouton de la chasse et l’eau; je lui ai expliqué le gaspillage; il a vu que le bout de papier disparaît dans le tourbillon, et que maman réagit très vivement s’il essaie de se rincer les mains dans la cuvette. Que de découvertes pour lui!
Aussi, la “phase des questions” (“et pourquoi?”, “il est où?”, “comment ça marche?”, etc.) peut paraître un peu pénible par moments. Toutefois, s’ils posent la question, c’est qu’ils veulent une réponse et comprendre le monde qui les entoure. Une réponse pertinente donnée à cet instant s’inscrira nettement mieux dans leur esprit que si cette même question est examinée plus tard à l’école, alors que peut-être à ce moment-là, ils auront la tête ailleurs.

4) Laissez-le faire ses expériences et apprendre de ses erreurs.

Je pense que l’enfant (et l’adulte aussi d’ailleurs) apprend même plus de ses erreurs que de ses succès. Mon fils adore la plasticine. Nous lui avons dit, à de très nombreuses reprises, de ne pas la mettre en bouche. Jusqu’à qu’on le laisse faire. Et là il a recraché immédiatement le morceau, en faisant des grimaces et en se brossant la langue. Il n’a plus jamais essayé. Tant qu’il n’y pas de risque réel, laissez-le faire!

5) Favorisez les contacts avec d’autres personnes.

Mon frère et moi avons plus au moins grandi sans famille (au sens large), qui habitait très loin. Mes parents ne voyaient pas beaucoup d’amis à la maison. Je pense qu’on aurait beaucoup gagné à se frotter à des personnes, dans toutes leur diversité, richesse et originalité. À présent, nous “exposons” le petit à plein de monde, des amis viennent souvent chez nous, on se rend chez les grands-parents, les tatas, les tontons, la marraine, je le prend au travail, etc. Les différentes personnes ont chacune quelque chose de particulier et propre à lui transmettre que nous ne pourrions pas lui apporter à nous seuls.

J’espère que cet article sur l’apprentissage informel vous a intéressé et inspiré. Si c’est le cas ou si vous avez des idées ou des remarques, laissez-moi un commentaire juste ici plus loin!

Je poursuivrai mon débriefing du Colloque la semaine prochaine, avec le point sur l’Unschooling, et la conférence “La fin de l’éducation” de Jean-Pierre Lepri, expert international de l’UNESCO. Stay tuned!

A très bientôt les artistes de la parentalité 🙂

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