Est-il possible que nous ayons perdu notre instinct maternel? Et quid de l’instinct … paternel?

Nous sommes au summum de l’évolution humaine. Nous sommes hautement intelligents, hyper-connectés et sur le point d’être les témoins de l’émergence de l’intelligence artificielle. Alors les instincts et tout ça, cela relève du règne animal, à quoi cela nous servirait-il?

Nous voulons tous le meilleur pour notre enfant. Alors on se renseigne, on réfléchit, on planifie. Mais quand les difficultés surviennent on se sent parfois bien démunis et on ne comprend plus rien à notre gamin et on perd les pédales nous-mêmes. Et si la réponse était dans le titre?…

L’ère de l’information

L’éducation se décline à toutes les sauces : des livres, de blogs, des émissions de télé, des conférences, des festivals et j’en passe!

Il y aujourd’hui tellement d’informations disponibles sur la parentalité et l’éducation! ” Ne faites pas comme ci, faites comme cela.”  “Laissez-les pleurer.” “Surtout surtout ne les laissez pas pleurer, vous allez les traumatiser!”

De plus, il y a tellement de sources de renseignements: des mamans, des pédiatres, des psychiatres, des éducateurs, etc. Et ils ne tombent pas tous forcément d’accord!

Alors que faire?

Nous mamans (et papas) débordés entre le travail et la vie de famille, nous devons-nous de rester debout tous les soirs jusqu’à deux heures du matin, pour lire tout cela et en faire une étude comparative… afin d’être de “bons parents”? Devons-nous suivre les conseils de tata machin-chose, de la belle-mère ou de la voisine?

De plus la connaissance, le “savoir” c’est une chose. Mais le “faire” , ça en est une toute autre?! Vous est-il jamais arrivé de vous dire: “Ok en théorie je comprends et je suis d’accord, mais dans la vraie vie, je suis incapable de le mettre en pratique! Qu’est-ce qui ne va pas chez moi?” Et la culpabilité d’embarquer…

Oyez oyez très chers parents: bonne nouvelle: vous êtes normaux. Il n’y a rien chez vous qui ne va pas.

Sauf peut-être qu’à force d’être littéralement submergés d’infos, vous êtes noyés, étouffés: vous manquez d’air. Et oui, d’oxygène et d’espace pour vous entendre penser par vous même. Et surtout de calme pour écouter votre ressenti, votre intuition, votre instinct. Celui-ci connaît à tout moment la réponse la plus adaptée à votre enfant, qui est unique. La nature est parfaite, tout est déjà là. En vous.

Encore faudrait-il être capable d’entendre cette petite voie… c’est là que ça se complique.

Évolution

Nous n’avons pas toujours vécus saturés d’informations comme aujourd’hui. Je me souviens que je devais me rendre à la bibliothèque de l’université pour faire des recherches sur internet, car je n’avais pas le web à la maison. Et je n’ai que 35 ans, donc cela ne date pas d’il y a si longtemps. Et le “smartphone” alias “mini-ordinateur portable connecté en permanence” bien euh… n’était même pas encore un concept.

À cette époque qui me semble maintenant très lointaine, quand je cherchais une rue, une connexion de transport en commun ou autre, je me fiais à mon instinct pour trouver la bonne direction, l’endroit où le changement de pouvait se faire. Je gardais les yeux et l’esprit ouverts.

Aujourd’hui, je tape dans “maps” et je suis ce qu’il me dit. Tu m’enlèves mon téléphone, je ne suis même pas capable de retrouver la rue où j’ai garé ma voiture (véridique).

En perte de sens… et de sens

Il n’y a pas que le sens de l’orientation qui en a pris un coup.

On dit souvent de notre société qu’elle est en perte de sens. Et on ne croit pas si bien dire! Et ce dans tous les sens du terme (je m’amuse!)

Notre écoute, globalement, a perdu de sa profondeur. On n’écoute plus pour se souvenir. On ne regarde plus pour voir – on film avec son téléphone à la place (essayez d’aller à un concert pour voir ! combien de personnes regarde la scène directement et combien regardent le spectacle … sur le téléphone, en train d’enregistrer! Autant rester chez soi et mâtez le show sur youtube…). Nous nous baladons les écouteurs dans les oreilles (quid du chant des oiseaux?), les yeux rivés sur les actualités, les news ou une lecture.

Tout cela pour dire que l’on a perdu une partie de nos capacités naturelles à nous servir de nos sens. Or c’est grâce à nos sens que l’on peut avoir des “intuitions” ou un instinct. Ce sont eux qui captent et transmettent à notre cerveau des informations et micro-informations pour lui permettre de prendre une décision.

Coupe tes sens et tu couperas de facto ton instinct.

L’instinct maternel

Être parent c’est pas vraiment un phénomène nouveau. Ça existe depuis un bon bout de temps même

Mais alors comment faisait-on jadis d’antan?

Et bien justement, on écoutait son instinct. Avez-vous jamais entendu parler de l’instinct maternel?

Peut-être vous dites-vous: ah mais non, mais moi je ne l’ai jamais eu. Non peut-être? C’est là précisément tout le noeud du problème (je dis ça mais en fait, il n’y pas de problème. Tout est toujours parfait).

Je pense très assurément que nous avons toutes un instinct maternel.

Pourquoi en suis-je aussi persuadée? Parce que physiologiquement, nous sommes des animaux et il en va de la survie de l’espèce.

Comment elle fait la girafe dans sa savane pour allaiter son petit? Elle ne va pas sur google et elle n’envoie pas son mari à l’épicerie acheter du lait en poudre. Le bébé sait comment faire, et la maman aussi.

Jadis d’antant

Même chose pour ma grand-mère. Elle ne vivait pas dans la savane, mais elle savait écouter son instinct.

Elle était tellement sage et savait tellement de choses! C’est épatant! Je ne le reconnais que maintenant (elle nous a quitté il y a une dizaine d’années à l’âge de 92 ans – applause!). À l’époque, je rigolais gentiment d’elle lorsqu’elle me disait “Anne-Marie, une heure avant minuit en vaut deux après minuit”. Oui oui, je me disais et je terminais de regarder mon film. Or il s’avère aujourd’hui que les neurosciences ont prouvé que ma grand-mère avait raison!

Mais même pas besoin des neurosciences en fait: essayez de vous coucher une heure avant minuit puis une heure après, tous les soirs, pendant une semaine. Et observez-vous. Vous verrez la différence, je vous le garantis.

Comment ma grand mère savait cela? En écoutant ses sens, justement! En observant son corps, sa fatigue, ses réactions. Elle n’avait pas besoin d’aller lire l’info. Elle obtenait un “savoir-faire” par expérience directe.

Et ma grand-mère a fait de même en élevant ses trois filles. Pour s’en sortir, pour les comprendre, pour répondre à leurs besoins, elle était présente et tous ses sens étaient en alerte. Et puis, elle observait la nature et était en phase avec elle.

Les bébés, les enfants communiquent avec nous. Encore faut-il savoir et pouvoir les décrypter. En fait, ils connaissent souvent d’instinct (car les enfants naissent très instinctifs comme le girafeau) ce qui leur faut. À nous de les entendre et de répondre à leurs attentes. Et tout tombe en place, un peu comme par magie.

Aujourd’hui

Les choses ont bien changé depuis la jeunesse de ma grand-mère dans son village.

Aujourd’hui la plupart des femmes travaillent et même celles qui ne travaillent pas ont un agenda chargé de ministre. Les tâches pro, les tâches à la maison, les amis, les vacances organisées et tutti quanti.

Et puis il y a de l’info, encore et encore, de tout. Tout le temps. On s’arrête pas de penser, de programmer, d’organiser, de lire ses emails, de répondre à des sms, etc. En continu.

On ne fait pas de pause réelle. On ne sait pas bien “ne rien faire”. La culpabilité nous attend toujours au tournant. Il faut maximiser son temps. Tout le temps. Lorsqu’on est en vacances: il faut en profiter (noter le verbe “falloir”). A la maison, il faut ranger. Il faut faire son sport, sa méditation, son truc, son machin. Non stop.

Et là on se demande comment gérer son gamin. Quand la crise, le problème, le doute survient, c’est le saut dans le vide. Que faire, que faire???

Faire?

On va réfléchir, s’activer, appeler le médecin, regarder sur internet, etc.

Le brouhaha

Il n’est pas étonnant que dans ce brouhaha, cette course à la performance, on n’entende pas notre petite voix interne. Celle qui sait. Celle de l’intuition et de l’instinct.

Elle parle doucement, elle murmure. Elle est en résonance avec la petite voie de notre enfant. Elles se parlent entre elles. Mais nous on ne l’entend pas.

“Trouve la paix d’esprit et le reste de ta vie va tomber en place”

Mon coach dit souvent ça, mais je ne sais plus d’où il le tient.

Trouve la paix, le calme et ta vie va tomber en place…

Nous avons toutes (et tous – j’y reviens) un instinct maternel. Mais il importe de lui faire de la place. En se mettant à écouter vraiment son enfant, plutôt que les conseils de sa meilleure amie. En se mettant à son niveau, au lieu de jouer à l’apprenti psychopédagogue. En ouvrant les yeux et en le regardant pour de vrai: que dit son corps, que trahissent ses yeux? Plutôt que d’aller sur internet chercher une réponse ou s’attendre à ce que quelqu’un d’autre vienne nous l’amener.

Vous êtes toutes et tous le meilleur parent pour votre enfant. Vous êtes la personne la plus qualifiée pour répondre à ses besoins. 

Écoutez-vous. Découvrez ce qui vous donne de la joie, ce que vous voulez vraiment faire.

Apportez du calme, de l’espace, du temps. En méditant, ou pas. En regardant un coucher de soleil ou en se promenant dans les bois. Observez la nature, ses cycles. Le fait que tout change, qu’il y a toujours des expansions et des contractions, cela fait partie de la vie.

En vous reconnectant à la nature, à vous-même et à votre enfant, les réponses et les solutions viendront d’elles-même. C’est garanti.

C’est ce qu’on appelle l’instinct maternel.

Et les papas dans tout ça?

Les temps changent ! Et heureusement pour les enfants et les papas (et les mamans aussi, même si je trouve l’argument plus accessoire)!

Les papas passent plus de temps avec leurs enfants, prennent un vrai rôle parental dans le couple ou même seul lorsque la vie en décide ainsi. Les congés parentaux s’étendent et se diversifient. Messieurs, ne râtez pas cette opportunité!

Mon mari l’a saisie. Et je peux vous dire qu’il ne le regrette pas du tout.

En prenant sa responsabilité et en passant du temps seul avec son fils (moi j’avais repris le travail après mon congé parental), il a développé ce lien qui donne lieu à un instinct paternel. Presque aussi pointu que mon instinct maternel 😉

Je pense que tous les papas en sont dotés. Cela demande à nouveau qu’il y ait une connexion réelle avec l’enfant. Et pas juste une heure par jour après le travail dans le chaos et la fatigue de tout le monde. Nul besoin Messieurs de lire les livres sur la paternalité que madame vous a empilés sur votre table de chevet!

Il suffit d’avoir la volonté et l’intention réelle d’établir un lien fort, sincère et authentique avec votre petit bout de chou, et de passer du temps ensemble. Pas besoin de sorties ou activités de ouf 😉 Juste s’intéresser réellement aux dinosaures, Cars ou princesses, bobos de coeur ou difficultés scolaires. L’instinct paternel fleurira dans ce terreau si fertile.

 

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