Parentalité inspirante

Soif de liberté, soif d’apprentissage

education

Cher parent,

Comme annoncé dans mon post précédent, je suis partie ce weekend à la découverte de nouveaux horizons éducatifs. Enfin, “éducatif” c’est pas forcément le bon terme. Le terme et le concept d’éducation ont été remis en question, vous verrez, je vous en parle plus loin. De même que le mot “enfant” a pris un autre sens durant ces deux jours: il a une connotation négative que je ne lui connaissais pas. Surprenant, non?

Vous le savez, je suis une jeune maman et je suis aussi en lien avec les enfants au travail. Mon approche des différents courants que l’on retrouve dans la parentalité relève d’une démarche de curiosité. Tout ce qui touche à l’enfance est à la fois très riche et très sensible. Ma démarche consiste, tel un explorateur, à aller voir ce qui ce passe sur d’”autres continents” et aller voir plus loin. Je cherche à repérer ce qui me parle, à ouvrir mon esprit et à adopter ce qui est cohérent et aligné par rapport à moi-même, à mon fils et à mon mari, en résonnance avec nos valeurs et notre histoire. Il y a “à boire et à manger”, et je fais un choix subjectif d’adopter ou non ce qui me/nous convient.

C’est dans cet esprit que je vous invite à lire l’article d’aujourd’hui. Avec curiosité et ouverture d’esprit, car même en ne souscrivant pas à aux principes développés, il y a toujours quelque chose à prendre ou du moins une réflexion ou une autre à se faire par rapport à son approche personnelle.

Mon résumé du “Colloque sur la liberté de s’instruire” ne se veut ni exhaustif, ni objectif. Je vous fais part des choses telles que je les ai perçues et interprétées.

 

Quand le philosphe se lâche…

Vendredi soir. Je laisse mon loulou à mon mari et je file. Non je ne vais pas en boîte avec une copine. Je me fais une soirée “super maman et blogueuse pro” et je me rends au Colloque “Free learning”. Evidemment n’ayant pas eu le temps de me préparer comme il faut, je me perds, traverse le parc dans l’obscurité (et oui, je me fais peur), et arrive complètement gelée en retard dans la salle et je m’installe.

Et là, l’ambiance est surchauffée. Un petit monsieur est sur l’estrade et s’exprime (en allemand que je ne parle pas), en gesticulant beaucoup. Il est vraiment à fond dans son discours et s’exprime du fond de son coeur.

C’est Bertrand Stern. Philosophe libre, il se voue depuis des années à la critique de la civilisation, de l’éducation et de l’école. Il part d’un respect inconditionnel de la dignité, des compétences et de l’autodétermination de la personne. Remise en question radicale de l’enfance, de l’école et de l’idéologie du travail.

liberté d'apprentissage

Je mets mon casque pour attendre la traduction. M. Stern est en train de parler de l’”infantilisation de la société”. Les gens bien-pensants, les autorités publiques, empêchent les gens de prendre leurs responsabilités, en sur-protégeant grands et petits. “Une bonne éducation n’est plus synonyme de bonne préparation pour le future”.

Le problème, nous dit-il, c’est que l’enfant est vu comme un objet, à protéger, à défendre, et non pas comme un sujet. Les écoles sont des institutions, donc pyramidales et condescendantes. Selon lui, les écoles sont obsolètes car elle remonte à l’époque des monastères, avec pour dernière vraie “actualisation” celle du 19e siècle, époque à laquelle la scolarisation est devenue obligatoire, c’est-à-dire au moment de la révolution industrielle. Elles sont donc incompatibles avec notre époque d’aujourd’hui.

En outre, il ne comprend pas que nous, les citoyens, continuions à financer le système éducatif via nos impôts. Il découle du temps de régimes totalitaires, il est trop intrusif et “violent” (notamment en raison de l’obligation scolaire) – cette approche n’a plus de raison d’être et il est ridicule de continuer à la sponsoriser.

L’enfant a des droits

Pour lui, on ne peut pas forcer quelqu’un à apprendre. Petit ou grand. L’enfant est le proprétaire de son apprentissage et le maître de sa vie. Il convient non pas de protéger l’enfant, mais de protéger les droits de l’enfant. Selon lui, les droits fondamentaux de l’homme ne sont pas respectés dans les écoles (vie privée, droit d’expression, de rassemenblement, etc.). Il rejette par ailleurs le terme “enfant” en raison de la connotation qu’il porte, à savoir “un être faible” qu’il faut protéger, qui ne peut pas savoir ce qu’il est bien pour lui, etc. Il privilégie la notion de “jeune personne” car elle lui confère ses pleins droits. Elle permet de le regarder comme un sujet, responsable et autonome. Elle ne permet pas la violation de la dignité de sa personne.

L’enfant est une personne à part entière, dès la naissance. Il faut la prendre au sérieux, explorer son humanité dès les premiers moments de sa vie. Dès lors, le contexte d’apprentissage va suivre naturellement. Les jeunes personnes sont avides d’apprendre (à marcher, à parler, à découvrir, etc.), mais il faut leur en donner la liberté et faire en sorte que ce soit à leur portée.

 

“Normopathique” vous avez dit?

M. Stern quitte l’estrade sous un tonnerre d’applaudissements. Il faut dire qu’il a mis du coeur dans sa plaidoyerie. Monte alors sur scène, tout en contraste, une douce jeune femme, avec un bébé d’environ neuf mois, attachée à elle en porte-bébé. Elle s’appelle Franziska Klinkigt, et elle est psychologue diplômée, conseillère et thérapeute familiale.

Elle va nous parler du bien-être de l’enfant dans une société normopathique, c’est-à-dire une société régie par les normes, avec la pression de se conformer au comportement d’autrui. Elle pose alors la question de la violence: c’est quoi? C’est tout ce qui empêche un être humain de se développer. Qui a le droit de décider ce qui est le meilleur pour une personne?

Elle met en contraste deux approches:

1) Lorsque l’enfant est considéré comme un sujet:
– l’humain est au centre, il est considéré, par défaut, comme compétent;
– la relation est donc une relation de confiance, d’amour;
– la personne est responsable, autonome et détermine sa vie;
– la personne et accompagnée lorsqu’elle en a besoin;
– elle peut apprendre à son rythme et spontanément;
– on met le focus sur son épanouissement, ses compétences;
– l’important c’est sa “totalité” et son “être” (dans le présent).

2) En revanche, dans les sociétés normatives, l’enfant est considéré comme un objet:
– la norme est au centre, l’humain est regardé, par défaut, comme faible et à protéger;
– la relation est une relation de méfiance et est teintée d’anxiété;
– la personne est dépendante des autres et manque de confiance;
– la personne doit être éduquée et sociabilité pour répondre à la norme;
– elle a l’obligation d’apprendre et d’être scolarisée;
– on met le focus sur ses faiblesses, son comportement;
– l’important c’est ses différents rôles/masques et son “devenir”.

Entre norme et liberté

Dans ce type de société, qu’est-ce que le bien-être d’une personne? Il faut être “normal”, car c’est ce qu’exige la société. Si une personne (jeune ou moins jeune) s’oppose à la norme et dit “non”, elle est vue comme “a-normale” (malade d’esprit) ou elle est criminalisée.

Selon Rousseau: “La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui”. Autrement dit, la liberté n’est pas de faire ce qu’on veut, mais de ne pas faire ce que l’on n’a pas envie de faire.

Comment cela s’applique-t-il aux enfants? L’apprentissage est la liberté/ le droit de découvrir par soi-même, sans en être empêché ou gêné dans ses actions. Mais dans le cas de l’autodétermination, comment prendre en compte les besoins de tous? (notamment en cas de conflit)

La clé repose dans le respect. Nous pouvons avoir des conflits; ceux-ci sont même sains. Mais il est important de reconnaître que chacun a le droit de ne pas être d’accord. Avoir de l’autorité, c’est bien, l’autorité amène la confiance. Etre autoritaire, en revanche, revient à dire “j’ai toujours raison, en toutes circonstances”.

Comment trouver sa place, dans le monde normatif, en adoptant cette approche d’enfant-sujet? Il importe d’être soi-même et aligné avec ses convictions, pour pouvoir être pris au sérieux. Laisser faire l’enfant (ou même l’adulte) permet de le laisser la responsabilité de ses actes et de ses choix. On apprend beaucoup plus lorsqu’on fait ses propres choix et prend ses propres engagements.

L’apprentissage informel, beaucoup plus subtil que l’éducation, permet de donner des lignes conductrices, tels des fils invisibles et peut se faire aussi naturellement que par une simple conversation avec l’enfant.

Quand maman philosophe à son tour

C’est sur ces faits que s’est clôturée la première partie du Colloque.

Je dois dire que les informations et la conviction transmise par les intervenants ne m’ont pas laissée indifférente et ont généré un flot de questionnement.

Sur le chemin du retour en voiture, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à certaines prises de position. Globalement, c’est vrai que j’ai trouvé les approches très tranchées, un peu extrêmes à certains moments. Mais dans le fond, elles résonnent avec une compréhension instinctive que j’ai de l’enfant.

Mon petit humain

J’appelle souvent mon fils de 18 mois “petit humain” – je ne sais pas trop pourquoi. Je le regarde et je le vois déjà grand. Il a une telle volonté et sait déjà ce qu’il veut (et ce qu’il ne veut pas)! Je trouve cela étonnant à un si jeune âge. Il sait exactement à quoi il veut jouer et quand. Impossible de le distraire. Il est parfois possible de le convaincre en revanche: “maintenant on sort promener le chien, après tu joues avec pipiiii (la plasticine ;)) Alors il dit “addi, pipiii” (au revoir, en luxembourgeois, à son jeu).

L’autre jour, nous n’en revenions pas avec mon mari. Nous étions dans un magasin en train de lui essayer de nouvelles chaussures (il adore les chaussures). Il rigole. J’essaie une autre paire: il se met à pleurer. On se dit qu’il en a marre d’essayer. Mais pour s’assurer de notre choix, on lui remet la première paire: et là il se met à rigoler à nouveau. Je lui remontre la deuxième, il fait à nouveau mine de se mettre à pleurer. Il a donc choisi ses chaussures. A 18 mois. Je ne l’aurais jamais cru si quelqu’un me le disait. Soit il n’aimait pas le look des deuxièmes, ou elles lui faisaient mal, je ne le saurai jamais, mais en tout cas il a très clairement fait un choix.

Il est vrai aussi qu’on a tendance à les voir comme des êtres plutôt frêles et à les protéger contre eux-mêmes, plutôt que de se fier à leurs envies/pulsions. Mes parents sont de nature anxieuse: ils nous ont toujours protégés, moi et mon frère, de tout. Résultat: pas un seul accident. Jamais rien de cassé, de tordu. Pas de blessures, pas de bagarres. Mais au final… J’ai, par exemple, longtemps détesté conduire, car je trouvais cela trop dangereux. Et je regarde, encore aujourd’hui, presque trois fois à gauche et à droite avant de traverser. Plutôt handicappant comme habitudes.

Lâcher prise et faire confiance

Avec mon fils, les premiers mois ont été assez difficiles car anxiogènes. Et puis, en faisant du développement personnel sur moi-même, j’ai soudain décidé et réussi à lui faire confiance. Quand il a commencé à marcher à quatre pattes à 7 mois, il fonçait sur les meubles et les coins. Ensuite j’ai décidé un jour de le laisser se prendre le coin de la table. Il n’allait pas si vite après tout pour se faire vraiment mal.

A ma grande surprise, il s’est arrêté à 1 cm avant le pied et ne s’est pas heurté. Depuis, il a fait des centaines d’autres tentatives d’apprentissage (la marche, la fourchette, le tricycle, etc.) … et je l’ai laissé faire. Prête à bondir. Certaine que là il allait se planter. Et non. Jamais. J’ai découvert qu’il est prudent. Et sans même que je ne dise quoi que ce soit (“attention”, “arrête”, etc.), il fait attention tout seul. Cela a changé ma parentalité (et simplifié ma vie). J’ai appris à lui faire confiance. Paradoxalement, cela a renforcé ma confiance en moi, en tant que maman et personne.

Responsabilité, quand tu nous tiens

Je m’étais également fait une réflexion récemment sur la responsabilité. Je pense que la capacité à réellement prendre la responsabilité de ses actions et de sa vie est une grande source de bonheur. Nous ne choisissons pas ce qui nous arrive, mais nous pouvons choisir la manière d’y faire face: de prendre la responsabilité de notre réaction.

Or globalement, dans notre société, nous avons tendance à se dé-responsabiliser : “ce n’est pas ma faute, c’est mon chef, le temps qu’il fait, mon boulot, ma mère, mon mari, etc.” Et je pense que cette attitute peut être liée à une déresponsabilisation dans l’enfance. Je rejoins notre philosophe, Bertrand Stern. Peut-être qu’en laissant même déjà aux jeunes enfants la possibilité d’assumer la conséquence de leurs actes/choix (de temps en temps du moins), cela les aidera plus tard à “prendre le taureau par les cornes et à se bouger” pour sortir d’une situation qui leur est inconfortable, plutôt que de chercher le coupable de leur mal-être.

Suite au prochain numéro

Voilà donc pour la partie “maman philosophe”. N’hésitez pas à me laisser vos commentaires et à me dire ce que vous pensez de ces prises de position. Partagez mon article s’il vous a apporté quelque chose! Je vous raconte la journée numéro 2 dans l’article suivant. Au menu: écoles du 3e type, écoles démocratiques et homeschooling / unschooling.

Décidément, la parentalité, c’est tout un art…

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